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CRITIQUES DE FILMS
INTERVIEWS
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Un père et son fils seuls au monde : le premier organise leur isolement et dresse son enfant, comme un chien de combat, à se défendre contre tous et tout. Etonnamment, le scénariste et réalisateur a choisi son propre fils pour incarner le garçon... Il est vrai que le jeune Anton Balekdjian, graine d'acteur prometteuse, en a sous le capot. Il balance la réplique avec une force spectaculaire, celle de l'enfance, puisée en l'occurrence dans la solitude, l'amour de sa mère disparue, la confiance qu'il a dans son père.
En face, ce père est interprété par un Edouard Baer en pleine extraction de sa carrière comique. Pour ce personnage en fuite permanente, sous une menace qui semble tour à tour réelle ou fantasmée, le comédien choisit une interprétation froide, presque dépouillée : tout d'un bloc, il dégage une autorité et une détermination sans faille, mais son regard et sa voix ne trahissent aucune émotion. Il manque hélas à l'acteur la puissance sourde, rentrée, qui donnerait à cet homme paranoïaque une profondeur authentique. Sa composition désincarnée contrecarre l'empathie suscitée par l'enfant. Mais l'habileté de la mise en scène ne se dément pas, surtout dans le tour de passe-passe final, qui montre un adolescent prêt à tout pour ne pas perdre son père, quitte à entrer dans sa folie. |
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Il ne faut pas se fier aux apparences. Certes, la réalisation caméra à l'épaule, brillante et nerveuse, fait monter la tension crescendo et capte au mieux la complexité de la relation père-fils qui est au centre du film. Oui, il y a quelques cascades et scènes d'action. Cependant, l'enjeu est ailleurs. 'Un monde à nous' est bel et bien un film de genre dont la violence est surtout psychologique. Frédéric Balekdjian brouille les pistes et les repères temporels avec des flash-back trompeurs. Les limites entre délire paranoïaque et dangereuse réalité sont de plus en plus ténues à mesure que l'intrigue avance. Dans le costume du père taciturne et à fleur de peau qui cache un terrible secret, on retrouve un surprenant Edouar Baer dans un rôle à contre-emploi. Il offre une partition sobre mais forte, tout en émotion contenue.
Quant au petit Noé, c'est Anton Balekdjian, le fils du réalisateur, qui l'incarne. A la fois juste et très physique, cette graine d'acteur fait ici des débuts prometteurs en affichant une présence et une maturité de jeu, rares pour son âge. D'un réalisme saisissant, 'Un monde à nous' est un long métrage multifacettes qu'on ne dirait franchement pas estampillé “français”. Il s'agit avant tout d'un film noir, qui flirte avec les codes traditionnels du conte : forêt omniprésente, pénombre permanente, embûches et pièges, beauté et cruauté de l'enfance confrontée au monde des adultes (on songe parfois à 'Shining' et à 'La Nuit du chasseur'). Malgré quelques petites maladresses, 'Un monde à nous' reste un film singulier et diablement efficace, aux accents de road-movie américain. |
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Darmon joue l'ironie avec beaucoup de classe, face à Lavoine, touchant d'innocence. Ils forment ensemble un couple d'antagonistes un peu classique, mais à la truculence rare. En outre, chacun possède un charisme aussi bien d'un point de vue physique que vocal, auquel on ne saurait résister. Leur apparition se révèle alors être un véritable régal dont on ne se lasse à aucun moment. Face à eux, la jeune et toujours aussi belle Barbara Schulz illumine l'écran, de par ses nombreuses scènes de nu (filmées avec délicatesse et pudeur), mais également en interprétant un personnage fort en gueule particulièrement irrésistible. Tour à tour croqueuse d'hommes et grand manager, aucun ne semble lui résister. L'actrice porte son rôle avec beaucoup de convictions, en évitant toutes lourdeurs abusives, aidée par une grâce rayonnante.
Même son « petit garçon » en est fou. Du haut de sa dizaine d'années, Anton Balekdjian réussit à s'imposer au milieu de ces « monstres sacrés », et offre une justesse dans le jeu, bien au delà de ses nombreux « camarades » vedettes de productions concurrentes. Il n'est pas l'attrait essentiel, mais ajoute à la qualité de l'ensemble. Ainsi, il passe avec aisance de la tendresse à la drôlerie, et de la malice à la cruauté. Un jeune acteur étonnant comme on aimerait en voir plus souvent. |
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| A propos du film UN MONDE A NOUS |
Noé est votre premier grand rôle au cinéma...
Oui. Pendant trois ans, j’ai suivi des cours de théâtre, où j’ai été remarqué par un agent, grâce auquel j’ai eu un petit rôle dans BIG CITY de Djamel Bensalah : le rôle du croque-mort. Mais c’est la première fois que j’ai un rôle principal dans un film.
Votre père a pensé à vous tout de suite ?
Pas du tout ! Il trouvait que j’étais un peu trop jeune. J’avais un peu les boules de l’entendre parler d’autres enfants, de le voir faire des castings, chercher dans les salles de sports celui qui pourrait jouer Noé. Mais je me suis fait une raison. Et puis le tournage du film a été retardé d’un an. Du coup, j’avais grandi...
Quelle a été votre réaction à la lecture du scénario ?
J’ai lu le scénario deux mois avant le tournage. Mon père ne voulait pas que je le lise plus tôt, que je sois trop dans l’univers du film avant de répéter, que je me fasse une idée trop précise du rôle avant de tourner. Pendant les répétitions, on travaillait surtout des impros qui avaient un petit lien avec le scénario mais qui n’étaient pas des vraies scènes. Et plus on s’approchait du tournage, plus on répétait les vraies scènes.
Votre rôle est assez physique. Comment vous êtes-vous préparé ?
Pendant quatre mois, deux fois par semaine, j’ai pris des cours de self defense. J’étais super pressé de tourner les scènes de combat. Je m’entraînais et j’avais envie de voir ce que ça allait donner. Je m’imaginais toutes les scènes dans ma tête, j’étais super content !
Ça fait quoi de se dire qu’on va tourner avec son père ?
Je n’y pensais pas tellement, ce sont les autres qui n’arrêtaient pas de me poser la question. Alors j’ai commencé à me demander comment ça allait se passer. Mais le rapport a été professionnel, mon père était pareil avec moi et les autres acteurs. Il ne m’a ni plus, ni moins aidé, il n’a pas été plus gentil, ou méchant.
Vous lui posiez des questions sur votre personnage ?
Ça dépendait des scènes. Des fois, je me demandais comment interpréter certains dialogues, si Noé les prenait comme moi je les prendrais dans la vie. Au début, c’est un peu dur parce qu’on ne sait pas qui est son personnage. Au bout d’un moment, à force de jouer et d’être dans la peau de Noé, j’ai appris à réagir comme lui.
Et jouer avec Edouard Baer ?
Je connaissais sa tête, je l’avais vu dans des films et il me faisait vachement rire. J’avais vu aussi LES BRIGADES DU TIGRE, où il est moins comique. Ça me faisait bizarre de me retrouver face à lui. Je flippais un peu au début. Surtout qu’on avait beaucoup de scènes sous pression et sombres à
jouer. Mais en fait, Edouard détend l’atmosphère et déconne beaucoup tout en étant vachement pro : en un claquement de doigts, il est dans son rôle. Et toi, tu le vois tellement dans son rôle que tu as envie que lui aussi te voie dans
ton rôle ! Dès qu’il te regarde, c’est comme s’il t’envoyait un truc qui t’aide à rentrer dans ton personnage.
Et la rencontre avec Nassereba, qui joue Marine ?
Je l’ai rencontrée quatre mois avant le tournage. Au début, on était un peu intimidés mais au bout de quatre ou cinq séances, on a commencé à devenir vachement potes. Ça a été la même chose avec tous les autres jeunes acteurs. Au bout d’un moment, on était des potes. Je crois que ça se ressent dans le film.
Vous appréhendiez de tourner certaines scènes ?
Oui, j’appréhendais vachement la scène la nuit dans la forêt. Cette scène est super violente et pendant les répétitions, j’avais un peu peur de me lâcher, de crier vraiment. Mais sur le tournage, on était vraiment dans la forêt, le soleil commençait à se lever, il fallait se dépêcher, j’étais à moitié crevé... Plus on est crevé, plus l’émotion sort facilement. Ça s’est beaucoup mieux passé que je
ne le pensais et Edouard m’a beaucoup encouragé. Quant à la séquence de course poursuite, c’est un souvenir super heureux mais épuisant : j’ai couru toute la journée, sauté partout, même d’un toit. On a refait la scène quatre ou
cinq fois.
Vous savez d’où vient votre désir d’être acteur ?
Mes parents travaillent tous les deux dans le cinéma mais je ne crois pas que ce soit la raison. Au début même, j’étais un peu timide vis-à-vis de tout ça. Et puis j’ai commencé à prendre des cours de théâtre, à m’ouvrir. Et j’ai rencontré un prof super bien qui m’a vraiment donné le plaisir du jeu. J’ai vraiment envie de continuer, même si je sais que c’est difficile.
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